Interview de frère David Macaire

Publié le par Webmaster



"Il y a la mission avant la mission,

et la mission après la mission."

 


Frère David Macaire est dominicain, prieur du couvent de Bordeaux, coordinateur de Paroisse en Mission. Il a accepté de répondre à nos questions.



Frère David, qu'est-ce qu'un Dominicain ?

Un Dominicain, est un Prêcheur. C'est aussi est un fils ou une fille (car il y a aussi des dominicaines !) de saint Dominique (+1221), fondateur de l'Ordre des Prêcheurs. Cet Ordre comprend aujourd'hui encore 3 grandes catégories : des sœurs moniales (fondées en 1207 il y a 800 ans), des frères (fondés en 1215), et les tiers-ordre composés de laïcs, de sœurs apostoliques (plusieurs congrégations) et des prêtres (tiers-ordre sacerdotal). Mais il y a aussi toute une famille dominicaine dont font partie, entre autres, les mouvements du Rosaire.

Un frère dominicain est donc un religieux, le plus souvent prêtre mais pas toujours, qui vit en communauté, qui prie, qui étudie la Vérité et la Parole de Dieu en toute chose et qui, selon son charisme, fait de l'apostolat. Les apostolats des frères sont variés, il y a des aumôniers (d'écoles, d'hôpital, de prison, d'étudiants...), des théologiens (enseignants, chercheurs), des artistes... nous occupons très rarement les fonctions pastorales (nous laissons cela a des gens plus courageux !).

 

Pour vous, qu'est-ce qu'une mission ?

Une mission est un temps de grâce. Un temps privilégié de rencontre avec Dieu et les hommes nos frères, pour les missionnaires comme pour la communauté qui les reçoit. Pour que ce temps soit fécond (je parlerai plutôt de fécondité et non d'efficacité), il faut qu'il y ait un certain nombre d'activités (conférence, débats, concerts, témoignages, table ronde, banquets, ciné-club, jeux...). Celles-ci doivent être réinventées à chaque fois par chaque communauté qui organise sa mission en fonction des attentes, du temps, de la réalité "du terrain" (en tout cas c'est ma méthode, je ne sais pas faire du prêt-à-porter, je préfère le sur-mesure). Mais c'est toujours la Parole de Dieu qui est prêchée, et qui vient d'ailleurs prêchée par des missionnaires qui viennent d'ailleurs. C'est important si on veut être renouvelé dans sa foi d'avoir ces temps exceptionnels de grâce où l'on se décentre et se laisse décentrer. Le réflexe de repliement est si facile !

 

Qu'attendez-vous de la paroisse qui vous accueille ?

Qu'elle soit missionnaire ! En fait les missionnaires n'ont pas grand chose à faire. Ils ne sont que la partie émergée de l'iceberg ! 90% du travail missionnaire est réalisé par les organisateurs pendant le temps qui précède. C'est un temps de travail, d'union, d'effort, de combat aussi parfois, où l'Esprit-Saint anime très fort la communauté. On voit des talents naître, on sollicite de nouveaux ouvriers, on voit que les anciens que l'on croyait finis ont encore des ressources. On repère aussi - et c'est une grâce - les divisions cachées ou lâchement ignorées, et on est obligé de rebâtir la communion là où elle a été brisée. Bref la paroisse fait Église avant même le début de la mission ! Et puis, pire encore, il y a l'après ! l'après-mission ! Récolter les fruits, ne pas laisser retomber l'émulation. En résumé, il y a la mission avant la mission et la mission après la mission. Voila le travail de la paroisse qui nous reçoit. Ah ! j'oubliais : j'attends aussi de participer à de bonnes tables ! [ndlr : le frère David adore les éclairs au chocolat].

 

Quels sont les critères de réussite d'une mission ?

Hé bien, je ne sais pas... Certains, très matérialistes, vont compter les nouvelles têtes à la messe du dimanche, ou pourquoi pas, la quête ! Mais, blague à part, les fruits d'une mission sont toujours (comme l'iceberg !) invisibles : ils sont spirituels, la Foi, l'Espérance, la Charité, c'est d'abord invisible... Mais ensuite il y a une partie qui se voit dans les actes. La prière, les confessions, les actes d'amour, de pardon, les conversions et puis surtout la joie. Joie de ceux qui ont travaillé et qui savent qu'ils ont œuvré pour Dieu. Joie de ceux qui ont bénéficié de tout ce travail. Joie des missionnaires d'avoir touché du doigt une Église vivante au cœur de ce monde !

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